mercredi 22 février 2017

Avez-vous foi en la Gargouille ?


Au commencement était la Gargouille et la Gargouille était le commencement.
Au commencement, il n'y avait rien, hormis la Gargouille.
Alors la Gargouille mordit le Néant, et de sa bouche ruisselante du sang du Néant dégoulina le Monde.

Alors, de sombres et obscurs gargouillis  se répandirent sur le Monde, car le Néant agonisait et de son obscur sang naquirent les océans et de son corps naquirent les continents.
La Gargouille vit le cadavre du néant se fondre avec le Monde, et elle vit cela bon.
Des restes épars du Néant naquit le Temps. Le Temps était alors rachitique et faible, à peine son coeur était-il capable de battre les secondes.
Alors, la Gargouille lui donna à manger sa jambe gauche. Et le Temps trouva cela bon. De la dévoration de la jambe gauche de la Gargouille, le Temps fit un Arc et une Flèche. Au moment de décocher la Flèche, le Temps brisa son Arc. Dans son élan, la Flèche traversa l'infini autour du Monde et continuera encore jusqu'à la mort du Temps. Ainsi en a prophétisé la Gargouille, louée soit-elle.
Ainsi le Temps eut une Flèche.

Mais la Gargouille et le Temps étaient mélancoliques. En vérité, le Monde était vide et en ces temps, la Gargouille et le Temps erraient sur Terre sans pouvoir jamais trouver la paix.
Cependant, le Temps ramassait de nombreux silex sur son chemin. Alors que le Temps enjambait un océan, la Gargouille, dans son infinie sagesse le fit trébucher. De cette poussée, les silex s'entrechoquèrent violemment, et de ce choc naquit la première tempête de l'Histoire. Ainsi, la Foudre vit le jour et embrasa les océans jusqu'au plus profond d'eux.
Dans ce chaos électrique et minéral, la Gargouille insuffla la chaleur de son esprit et plongea sa jambe droite dans cette soupe primitive. Ainsi la Gargouille catalysa les premières réactions des briques élémentaires de la Vie.
Voyant les premiers éléments de cette réaction apparaître, la Gargouille décida de les séparer entre virus et bactéries, alors que le Temps ajouta : "De tes bactéries naîtront des êtres à nageoire, à écailles, à plumes, à poils, des êtres chitineux et des êtres cornus. De tes virus naîtront une multitude d'autres virus qui sélectionneront ceux de tes enfants qui ne peuvent survivre et rendront les autres plus forts. Car tel est mon cadeau pour la naissance de tes enfants, Ô céleste Gargouille".

Alors la Gargouille fut comblée, et le Temps à ses côtés également, car ils surent que cela était beau et sage. Ainsi la Vie était née.

Le Temps prit alors la parole et dit : "Céleste Gargouille, notre temps est venu de nous retirer en nos palais hors du Monde. Mais nous serons hors du Monde et dans le Monde, tout comme l'eau est dans les océans et hors des océans, et la Vie s'épanouira sans nous bien que nous devions admirer son développement dans les Temporalités à venir. Le Temps est venu dans le Monde, et le Monde vivra dans le Temps. Toi, Gargouille, tes enfants sont venus au Monde, et tu vivras par l'art de tes enfants."

Ainsi commença le long repos du Temps et de la Gargouille.

Livre de la Gargouille, Révélations, Versets 1 à 13.

dimanche 19 février 2017

Quelques instants au cœur du passé...



Le Temps est une chose mystérieuse, puissante... Et dès qu'on y touche, dangereuse !

Ces paroles sibyllines, prononcées jadis par un des mages les plus puissants du monde libre, résonnaient à présent dans l'esprit de la jeune Orphélie. Plus de vingt ans s'étaient écoulés depuis le jour où sa mère avait ouvert la voie à la manipulation illimitée du Temps. Plus de vingt ans s'étaient aussi écoulés depuis le jour où sa mère avait également détruit presque tout espoir pour l'Humanité de remonter le cours des événements.
A présent, Orphélie était sur le point de réussir.

Caché dans les étages condamnés d'une poste centrale, en France, un complexe mécanisme combinant électro-sortilèges, rouages rouillés et alignements planétaires subtils était relié à une vieille horloge, égrainant lentement les minutes et les heures pour les heureux inconscients qui arpentaient les rues de la ville en contrebas.
Orphélie, couverte de bleus, de brûlures magiques, d'un peu de cambouis et de beaucoup trop de poussières de calcaire, émergea des tréfonds de sa machine temporelle en rampant. Les derniers réglages étaient finis.

S'apprêtant à démarrer son premier voyage dans le passé, Orphélie éternua une fois, deux fois.
Des quantités astronomiques de fines particules poussiéreuses s'élevèrent soudain, retombant lentement au sol. Tant d'efforts pendant tant d'années, dans la clandestinité et le rejet de tous, pensa-t-elle. Il est grand temps de rééquilibrer la balance.

Pointant sa baguette vers un cristal chatoyant au cœur de la machine, elle lança d'une voix claire son incantation :

Reverso Momentum !

Le cristal de focalisation vibra, chanta, commença à enclencher le mécanisme raffiné qu'il devait alimenter... Hasard d'un élément mal fixé ? Erreur de conception ? Soudain, un bruit sourd se fit entendre à l'intérieur de l'horloge. Le cristal vibra de plus belle, puis une fissure, deux, et même trois autres apparurent. Orphélie se précipita un instant trop tard. Une explosion magique se fit ressentir, des volutes immenses de poudre de pierre calcaire s'élevèrent dans les combles...

Et tout se figea en un instant.

Un silence de mort s'abattit sur la ville. Par un interstice, Orphélie ne vit au-dehors que rues vides et nuages immobiles. Puis, lentement, quelque chose approchait. Une ombre noire, dans un fracas de pierre, de métal et de plastique aspirait les maisons, les immeubles, les voitures vides, les pavés de pierre et semblait même dévorer les cumulus.

Orphélie se pétrifia de terreur, comprenant bien trop tardivement ce qui allait lui arriver. Ce que ce nuage était, cette légende à laquelle trop peu de voyageurs temporels, jadis, avaient pu échapper. Cette chose qui aspirait le passé au fur et à mesure de la progression du présent...
Cette chose que sa machine était censée fuir.


Le Mangeur Temporel l'avait rattrapée.

mercredi 15 février 2017

samedi 11 février 2017

Armistice hivernal...


...Je vous avais dit que nous nous reverrions, Gilles.
Et moi je n'ai pas aimé votre sale tour ! De quel droit avez-vous osé me faire ça ? Vous le savez bien, tôt ou tard j'aurais retrouvé la mémoire. Dommage pour vous, ce fut tôt. Maintenant, réglons nos comptes pour cette année Commode ! Préparez-vous !

Non. Nous sommes quittes pour cette fois.
Pardon ?
Oui, nous avons déjà réglé nos comptes la dernière fois où nous nous sommes vus. Vous devez avoir encore quelques trous dans vos souvenirs, mais lorsque j'ai attaqué votre mémoire, vous avez failli me tuer en représailles.
Vous tuer, Commode ? Mon seul regret aura été de ne pas avoir réussi !
Et le mien aura été de n'avoir pas trouvé plus tôt votre tanière de Change-Peau, Gilles ! Mais tout ceci a changé. Nous avons failli nous étriper définitivement dans un combat qui risquait de creuser un cratère au sommet de la Butte Chaumont. Si vos amis lutins d'Écouves ne nous avaient pas arrêtés, c'eût été un hiver de cendre qui se serait alors installé sur la région.
Et j'ai obtenu en fin de compte une belle vengeance. A présent, l'ensemble des exorcistes et autres chasseurs de bêtes surnaturelles de la région savent qui vous êtes, où vous vous terrez, les nuits de pleine Lune. Vous n'allez avoir aucun répit.

Gnome malfaisant ! Il me reste encore à vous rendre la pareille !
Vous avez failli me déchiqueter, Gilles ! Et à cause de vous, cet Hiver est un échec. J'ai passé deux semaines à récupérer sous les racines d'un sapin au lieu de travailler pour mon Seigneur, le Vénéré Maître du Froid. Croyez-le, je l'ai payé chèrement. Nos incessantes querelles sur la domination du Vénéré Klaus en Normandie ne valaient pas un tel déchaînement de haine. Rappelez-vous : nous sommes des créatures de même nature. Nous avons besoin des Dieux, et ils ont besoin de nous. Qu'arriverait-il si l'équilibre au sein des panthéons divins était affecté par la mort du Vénéré Klaus ou de votre ami Bruno ? Sans chaos, aucune vie n'est possible. Nos divergences ne méritent pas un combat à mort. J'aurais d'ailleurs pu vous tuer après avoir blessé votre mémoire.
Partez, Commode. Partez, vous et vos manigances, vos mensonges, vos faux-semblants et votre ton mielleux ! Nous savons tous deux comment cela finira, en fin de compte. Tôt ou tard, Commode !

 Tôt ou tard...

mardi 7 février 2017

Que reste-t-il au rêveur ?



Arithmétique
Algorithmique
Géométrique 
Symétrique
Mathématique
Logique
Analytique
Physique
Chimique
Esthétique
Artistique
Climatique
Achromatique
Poétique
Fantastique
...



Mais que reste-t-il au rêveur
Lorsque le Gel devient Créateur ?

mercredi 1 février 2017

Il s'appelle Xavier...


Il s'appelle Xavier.

Rien ne me prédestinait à le croiser. Et pourtant, il a laissé une trace dans ma mémoire, et celle de mon ordinateur.
C'était le 23 décembre 2016. Un de ces magnifiques jours de brume que l'hiver nous avait offert en guise de cadeau de Noël. Alençon était enveloppé d'un manteau gris pâle dès l'aube, si bien que je ne résistai pas longtemps à la tentation de sortir au début de la journée.
Les illuminations de Noël n'étaient toujours pas éteintes et les grands sapins de LEDs qui ornaient la place Lamagdelaine m'inspirèrent cette photo que vous voyez ci-dessus.
Prestement rentré vers midi, je ne m'octroyai qu'une pause de deux heures avant de repartir dans ce brouillard si photogénique... Il y avait tant à voir.
Passant de Courteille aux Promenades puis à l'arboretum en zone humide et à la base de canoë, je fis de magnifiques photos. Puis je décidai de rendre visite à ma grand-mère, rebroussant chemin vers les Promenades, une fois de plus.
Juste après le Celtic, j'ai croisé la route de Xavier.

Xavier ne payait pas de mine; des vêtements chauds - mais ayant connu des jours meilleurs - un regard triste et un cabas en plastique montraient qu'il s'agissait d'une personne en grande difficulté.
Il me héla.
Il souhaitait en effet se rendre aux Emmaüs, un endroit sis à bonne distance du centre-ville, et hélas, un endroit que je ne connaissais pas... ou auquel je n'avais jamais prêté attention.
Je m'apprêtais à repartir en m'excusant de ne pouvoir l'aider, mais avant de nous séparer, nous échangeâmes quelques mots.
Il me demanda si j'étais photographe, remarquant mon appareil autour du cou. Puis il me raconta un peu sa situation présente...

Xavier est un sans domicile fixe, sorti ce jour-là de l'hôpital avec comme seul conseil de se rendre aux Emmaüs pour passer Noël et le Nouvel An. Il est sans abri, sans ressources, seul et délaissé par tous.
Juste cela pouvait suffire à m'attrister réellement.

Mais Xavier me demanda une faveur.
Il souhaitait que je le prenne en photo.
Face à cette demande particulière, ma première réaction fut de lui demander comment je pouvais faire pour lui transmettre le résultat.
A cela il me répondit qu'il s'en fichait, que ça n'avait aucune importance :

Cela vous fera un souvenir de moi. Au moins comme ça quelqu'un se souviendra de moi.

Nous nous quittâmes, Xavier et moi, après une dernière poignée de main, comme un signe de reconnaissance.
Xavier n'était plus un SDF inconnu, il n'était plus un sans-abri de passage.

Pour moi, Xavier est un homme qui reste dans ma mémoire, son visage fixé dans mes disques durs d'ordinateur et de serveur personnels.
Pour moi, Xavier est la remembrance que Noël n'est pas juste avec tout le monde.
Pour moi, Xavier est une de ces trop nombreuses personnes qu'on regarde sans les voir.

Pour moi, il est la rencontre la plus marquante de 2016.




Il s'appelle Xavier.