mercredi 16 août 2017

Un lutin dans la ville...



Les lutins aussi aiment se promener en ville.
N'en déplaise à cette espèce surnaturelle de sylvestres, je connais un très aimable Lutin qui m'accompagne régulièrement dans les rues d'Alençon, en quête du cliché parfait.

En vérité, obtenir le cliché parfait c'est comme obtenir une information parfaitement fiable sur internet : peu importe notre acharnement, nous savons tous que c'est impossible.
Ce n'est donc pas de la photo parfaite que ce billet va vous entretenir, mais d'un de ces accidents photographiques desquels résultent une image intéressante.


Il se trouve que je prête régulièrement certains de mes objectifs à mon meilleur ami, R.G., dont je vous ai longuement parlé à plusieurs reprises. Récemment, et comme souvent, ce dernier m'avait emprunté mon 50mm, un objectif très prisé des photographes amateurs pour sa polyvalence et son incroyable luminosité. Le hasard fit que cet emprunt, qui devait n'être que de quelques heures, aboutit finalement à une durée d'emprunt de plusieurs jours, ce qui ne me gênait nullement mais commença à créer une certaine impatience de réutiliser cet objectif, trop souvent vissé sur mon vieil argentique.

C'est donc par une journée nuageuse de juillet que je le récupérai et me mis en tête de faire quelques photos avec, accompagné du Lutin.
Un tel objectif s'apprivoise généralement plutôt vite, mais il n'est pas toujours évident de réaliser que ses capacités étendues de réglages de la profondeur de champ ne sont pas nécessairement adaptées à la photo de rue.
C'est donc sans grand espoir de faire maintes et maintes photos que nous nous promenions dans le quartier Saint-Léonard, quartier historique d'Alençon s'il en est.
Alors que nous remontions une des rues vers le centre-ville, j'avisai un plan potentiel, agrémenté d'un Lutin rouge et blanc. Sans guère d'enthousiasme, je dois l'avouer, car le décor n'était guère palpitant et j'imaginais déjà supprimer la photo résultante le lendemain matin, blasé de cet échec.

Pourtant, à cinq mètres de distance, avec une profondeur de champ qui, par chance et par erreur, se trouvait être minimale donna un flou intéressant, détachant très nettement mon Lutin de coeur du décor, renforçant les couleurs vives qui l'habillaient.

C'est ainsi que le lendemain, aux aurores, je me jurai d'utiliser plus souvent ce 50mm pour la photo de rue.

L'intérêt d'une photo tient à si peu de choses...

samedi 12 août 2017

Une farandole de mots...



Soleil,
Chaleur,
Fleurs,
Roseraie,
Rumeurs,
Ville,
Abeilles,
Butineurs,
Songes,
Silence,
Éblouissement,
Paix,
Liberté,
Douceur,
Vivacité,
Rapidité,
Légèreté,
Coruscation,
Couleurs,
Odeurs,
Parc,
Promenade.

Et pour finir,
Une photo.

mardi 8 août 2017

Nitrate d'argent...


Je te conseille d'augmenter le contraste, Gilles. Ça renforcerait le graphisme. Et tu peux sans doute augmenter le temps de pose.

Le professeur du club photo est toujours de bon conseil; en numérique comme en argentique, son expertise est reconnue.
Nous sommes quatre compères entassés dans un petit laboratoire argentique au sous-sol de l'espace Pyramide, dans les vapeurs d'acides et la chaleur d'un été caniculaire.
Cela fait un an que je m'essaie à l'argentique. Petit à petit, grâce au soutien des différents dinosaures de l'argentique, j'ai fini par apprendre à tirer une photo 10x15cm par mes propres moyens. Cette photo n'est pas la première, mais c'est une de celles qui me plaisent le plus sur cette pellicule celluloïd.

J'actionne l'agrandisseur, effectuant quelques derniers réglages de filtre et de temps de pose. Je me fixe sur un temps de 28 secondes et enclenche le minuteur. Moins d'une demi-minute plus tard, j'emporte le papier RC dans le premier bain.

Glissée dans le révélateur, face cachée, l'image commence doucement à apparaître. Je n'ose pas encore la retourner et contempler le résultat.
Une minute de bain, et je retire l'image, toujours face opposée à ma vue, l'égouttant doucement. Les dernières gouttes sont tombées. Hop ! D'un mouvement souple du poignet, la photo glisse dans le bain d'arrêt.
Il ne faut que quelques secondes à ce second bain pour agir. Je décide alors d'oser regarder l'image sous la lumière rouge dans le bain du fixateur.
Les autres membres du laboratoire argentique me taquinent avec humour, espérant la réussite de mon tirage, sinon demain, neuf heures dans le bureau du directeur !, comme il est de coutume de plaisanter au sein de notre club...

Les photos des autres dinosaures arrivent progressivement dans le fixateur. Il est temps d'allumer la lumière blanche.


Ma photo est réussie. Le professeur est content de moi. Les images de chacun sont jugées, jaugées, critiquées par l'ensemble des membres présents. Pour moi doit commencer une longue attente de dix minutes avant un rinçage de trente minutes.




Je vais en tirer une deuxième.

vendredi 4 août 2017

Ici et ailleurs...



Un silence de plomb s'est installé sur la place Foch. Les spectateurs, épars, plongés dans l'obscurité ne pipent mot lorsque les premières fusées s'envolent vers le ciel.
Les détonations de ces feux d'artifice résonnent dans un silence religieux...


...Non. Ce n'est pas tout à fait la réalité. La réalité du moment est bruyante, emplie des exclamations du public, des cris des enfants réclamant à être hissés sur les épaules des parents, des parents demandant à leurs enfants de se tenir correctement, des gens de tous âges et de tous milieux applaudissant au moindre instant de répit dans le spectacle du moment.
Oui, en cette nuit du 13 juillet, il y a un véritable vacarme, un vacarme joyeux, un vacarme festif.

Pourquoi ai-je l'impression de ne rien entendre ?
Parce qu'en cet instant, en cette série d'instants découpés par morceaux de six secondes, je suis installé, tenant fermement mon trépied et contrôlant régulièrement l'exposition de mes photos.
Dans ma bulle photographique, rien ne m'atteint. Ni le bruit,  ni l'agitation, ni la foule, ni les cendres qui, avec le vent, sont emportées vers les spectateurs.

Dans ma bulle photographique, je suis seul au monde, dans un silence sacré et, pour tout dire, un sacré silence...





Dieux que je suis heureux d'être là et d'être ailleurs à la fois... Au cœur de la fête !

mardi 1 août 2017

L'heure dorée...


Nous sommes à l'heure dorée.
L'heure dorée du matin, plus exactement.
R.G. et moi sommes partis tôt en chasse de belles images. Dès 6h du matin, en vérité. Le soleil n'est levé que depuis peu, et déjà l'atmosphère commence à chauffer, signe d'une nouvelle journée de feu.
Nous nous dirigeons nonchalamment vers le Crédit Mutuel du Point du Jour pour prendre un peu de liquidités. Nous savons déjà que nous allons passer la journée ensemble, sans même nous être consultés.


Ces amitiés sincères et tenaces, c'est ce que nous recherchions depuis des années, lui et moi, à l'époque où le hasard nous permit de nous rencontrer.
Ce fut ensuite par la ténacité de R.G. et par des passions communes que nous finîmes par devenir inséparables.

Une de ces passions est la photographie.

A proximité du Crédit Mutuel, un passage à travers un HLM attire notre regard. Des lattes de bois traité, disposées sur les parois, sont judicieusement éclairées par le soleil encore naissant. Nous commençons à prendre des photos de cette précieuse lumière.
Je me rapproche des lattes. R.G. me demande de poser pour lui, l'appareil à la main.
Il me propose d'en faire de même. L'occasion est trop belle...




Même dans l'ombre, R.G. a une allure d'artiste...

vendredi 28 juillet 2017

Le sphinx fou...


Des années qu'il nous nargue !

Lui, c'est le moro-sphinx, ou sphinx fou. Son nom le plus courant, c'est "sphinx colibri", sobriquet rappelant à l'entomologiste confirmé qu'il s'agit bien d'un papillon issu d'une longue lignée de papillons de nuit ainsi qu'à l'ornithologiste amateur qu'il est un animal nerveux, au battement d'ailes frénétique, butineur aussi acharné que rapide.

Depuis des années, le Lutin d'Ecouves tente, tant bien que mal, de le saisir en vol, lui qui ne reste qu'une seconde au même endroit, dans le meilleur des cas.
Cela faisait des années que moi aussi, j'espérais tant pouvoir le saisir au vol. J'y avais renoncé, convaincu que seule la ténacité et l'équipement d'un professionnel pouvaient venir à bout de cet papillon fou.

C'était sans compter sur R.G.

R.G. n'est pas qu'un photographe passionné, c'est aussi un de ces photographes perfectionnistes qui s'acharnent des jours, des semaines, des mois voire des années avant de s'estimer satisfait d'un sujet.
Au contact de ma famille, il a, à de nombreuses reprises, reçu de véritables cours d'entomologie amateur de la part de mes parents, instituteurs à la retraite et éternels curieux.
C'est tout naturellement qu'un beau jour de juin, alors qu'il arpentait les rues d'Alençon, il attrapa la fièvre du sphinx fou.

Se confiant à moi, m'expliquant son nouveau graal photographique, il m'enrôla dans cette quête, convaincu qu'ensemble, nous pourrions venir à bout de ce maudit arthropode cocaïnomane.
Ainsi, nous nous mîmes en chasse.
Et c'est ainsi qu'un beau jour de juillet, sous un soleil beaucoup trop dur, tenant un objectif beaucoup trop lourd à bouts de bras, je commençai à avoir quelques résultats... Mon ami également.

Ce n'est jamais assez, pour R.G. comme pour moi. Néanmoins cette petite victoire commune nous remit du baume au cœur.


Demain, nous retournerons à la chasse au sphinx fou...

lundi 24 juillet 2017

L'heure des photographes...


L'aube.
R.G. et moi arpentons la Voie Verte depuis maintenant une longue demi-heure. La fraîcheur de la nuit commence à se disperser ; nous sommes en effet debout depuis un long moment, ayant osé sortir, équipés de nos reflex, avant le lever du jour, vers 5h30 du matin.

Je vois mon ami aviser un buisson sur sa droite. Pendant ce temps je tente quelques maladroites prises de vue du soleil levant. Malheureusement, l'astre du jour se cache timidement derrière une importante masse nuageuse, présageant du pire pour la journée à venir.

R.G. tente lui aussi quelques photos du ciel au levant. D'ici, nous sommes cependant gênés par la végétation et peinons à trouver un angle intéressant.
Nous décidons de nous avancer un peu plus.
Soudain, j'alerte mon ami. Ici. Et maintenant.

Ici et maintenant, le soleil commence à percer au-delà des nuages. Ici et maintenant notre vue est dégagée. C'est le moment ou jamais.
Regarder le soleil de face est une épreuve dangereuse, encore plus avec un téléobjectif, je le sais. C'est pourquoi, je tente au jugé, l'oeil loin du viseur, de trouver un cadrage passable qui permette de saisir l'instant.... Sans penser à la vue par écran arrière, pourtant activable sur mon appareil.
Peu importe. Ainsi, ma vue ne risque rien. Ainsi, je réalise quelques clichés.

Au fur et à mesure des secondes, puis des minutes, l'air se réchauffe nettement.
Nous resterons encore une vingtaine de minutes. R.G. a dans son esprit une photo de genêts qu'il essaie désespérément de réaliser.

La faim me tenaille. Levé depuis 3h30 du matin, je n'ai pas vraiment déjeûné et les magasins n'ouvriront pas avant 8h; les boulangeries, pas avant encore une demi-heure.

R.G. me fait miroiter l'espoir d'une des plus délicieuses viennoiseries du monde, à la boulangerie de la Rue Guynemer. Je tiens bon. Nous tenons tous deux bon, aussi pressés l'un que l'autre de dévorer ce délicat délice, et aussi pressés l'un que l'autre de profiter de chaque instant de cette aube, de chaque instant de cette matinée photographique.

Nous avançons jusqu'aux alentours de Valframbert. Puis décidons de rebrousser chemin.

Sur le chemin du retour, tout en dégustant nos délicieuses récompenses, nous croisons un bus Alto. Le conducteur me salue puis, s'arrêtant devant nous, échange quelques nouvelles aimables avec moi avant de repartir.


R.G. me demande :

Je suppose que c'est un ami du club photo ?



Ah ! Quelle merveilleuse façon de commencer la journée !

jeudi 20 juillet 2017

Qui osera troubler la musique du silence ?


La voûte de la basilique Notre-Dame me toise de toute sa hauteur.
Je ne suis pas venu dans ce majestueux édifice religieux par hasard ou foi. Je la connais bien, cette église, depuis cette période où je photographiais le remontage des orgues baroques du lieu, en véritable snapshoter, témoin discret et encore maladroit de son époque.

La basilique résonne du bruit de mes pas. Le déclencheur de mon appareil fait un raffut infernal à chaque nouvelle prise de vue. Il faut dire que je la connais bien, cette église, même si cette fois-ci c'est armé d'un objectif grand-angulaire que je fais mes prises de vue. Cela faisait un mois entier que j'espérais trouver l'occasion de faire ces photos au grand-angle.

Un couple de fidèles est assis devant moi. Ils me regardent passer avec une indifférence toute normande... Je remarque à cet instant que deux adolescentes se sont isolées dans un coin du transept, affairées avec leurs téléphones tactiles.

Le calme du lieu me saisit alors que j'entreprends une nouvelle photo. Bien que la prise de photos en ces lieux soit parfaitement courante ici, chacun des clac-clac de mon appareil me semble un odieux sacrilège.  Même la lumière filtrant à travers les vitraux me paraît ici plus silencieuse.

Arrivé au milieu de la nef, je lève la tête, soudain saisi de stupeur face à la majesté toujours vivace de la voûte gothique.
Ce n'est pas la puissance de Dieu que je ressentais dans tout mon corps, c'est la grandeur d'une civilisation disparue. Comment croire qu'un Dieu puisse ordonner un tel vertige et ne point développer une inaltérable foi en sa création ?

Mon interrogation, en s'envolant vers la voûte, rebondissant sur les vitraux et éclatant soudain sur une arête de pierre, m'emporte dans des rêveries cosmiques alors qu'un groupe -non, une classe !- de collégiens et leur professeur pousse la porte du lieu saint.

Cohue soudaine, brouhaha rebondissant en échos incessants, agitation frénétique et réprimandes de monsieur le curé semblent ne pas suffire à calmer les adolescents en pleine dissidence face à l'autorité relative du professeur.

Comme une bulle de savon, mes songes se volatilisent en un éclair.
Il ne me reste qu'à sortir avant qu'il ne soit plus possible de s'entendre penser, d'entendre son cerveau cogiter.

Dieux ! Que le silence est une denrée rare...

dimanche 16 juillet 2017

Ivresse...


L'été est ivre.
Oui, l'été est ivre.
Cela fait à présent plusieurs heures que mon ami R.G. et moi arpentons les rues d'Alençon en cette soirée du 21 juin. La foule est dense. Le bruit est permanent. Les lumières, omniprésentes.
Nous fendons tant bien que mal la masse des badauds venus écouter les chanteurs, musiciens et danseurs d'un jour ou de toujours, jouant parfois des coudes, frôlant de nombreux passants trop occupés à faire la fête.

Nous dirigeant vers les extrémités du centre-ville, nous empruntons le Pont Neuf. Depuis ce dernier, nous contemplons les lueurs de la passerelle reliant la Providence à la récente gare du Champ Perrier. Dieux ! Cela ne fait qu'un an et demi que ce parc et cette passerelle existent. Comment faisions-nous auparavant ?

Un peu plus loin, sur le Champ Perrier, une petite scène est installée où une chanteuse Folk aux textes emplis d'humour et de légèreté est religieusement écoutée par un public modeste mais enthousiaste.
Son fils, joueur de guitare, sous l'insistance du public, offre un bis sans sa mère.
Au sol, à quelques coudées de l'estrade, un petit groupe de jeunes adultes est affalé sur le sol, exprimant bruyamment autant sa joie de faire la fête que son  haut degré d'alcoolémie.
Je profite du bis du jeune guitariste, accaparant l'attention de chacun, pour prendre quelques photos.
Curieusement, quelques traces de pieds nus relient ce groupe de jeunes adultes éméchés à la berge de la Sarthe, pourtant plusieurs mètres en contrebas d'une pente quelque peu... raide !

Sous mes yeux, deux d'entre eux se placent innocemment sous un réverbère. Je n'ai pas le temps de réfléchir; mes réglages se font à l'instinct et, dans le pire des cas, mes photos prises en RAW permettront une retouche significative.


Le lendemain matin, à 10h, dans l'atmosphère brûlante d'un appartement aux murs de béton après une semaine de canicule, je m'attelle à développer mes photos numériques.
Une nuée de moucherons ponctue généreusement le réverbère surplombant la scène de la veille... Je ne pouvais rêver mieux.



...Et dire que j'abhorre la foule !

mercredi 12 juillet 2017

Une promenade en barque...


Une  promenade en barque.
Tout alençonnais qui se respecte a déjà arpenté les bords de la Sarthe durant les beaux jours et probablement aussi rêvé qu'un jour il puisse naviguer sur ses eaux calmes.
Or, alors que le printemps moribond laissait précocement la place à un été de feu, une telle occasion s'est présentée à moi. Depuis quelques temps, un auto-entrepreneur propose des tours en barque sur la Sarthe à tous les badauds avides de redécouvrir leur ville. Il n'en fallait pas plus pour me voir embarquer en cette journée de feu, fin juin.

Ainsi, assis au milieu de la barque, discourant avec le capitaine de la modeste embarcation des beautés de la nature, de photographie et de bonne chère, je savoure un moment de grâce. Il n'y a pas de nuages froid dans le ciel, juste l'ombre plaisante des rives, les jeux de lumière sur l'eau et le plaisir d'échanger, loin de l'agitation du quotidien... Alençon est une cité féerique pour quiconque sait l'observer. Et, alors que nous longeons sans un bruit l'arrière de la Rue des Tisons, j'avise un groupe d'arbres et leur reflet dans l'eau.
Plus encore, j'avise les troncs élancés de ces habitants des rives et déclenche la prise de vue.

Un léger vent caresse avec tendresse mes joues à cet instant. Un couple de demoiselles ailées se forme à ma droite. Soudain, le pilote de l'embarcation se fait piquer par un taon. Grommellements.
Aussi étonnant qu'il paraisse, nous n'entendons que les oiseaux chanter, les insectes vrombir et la barque fendre les eaux paisibles de la Sarthe.

Je refais quelques photos, alternant entre contemplation béate et réflexions photographiques.
Deux pêcheurs nous saluent.
A l'endroit de la Fuie des Vignes, nous sommes comme à la campagne.

Le temps suspend son vol.

samedi 8 juillet 2017

Une charrette blanche...


Une charrette blanche.

Le Lutin d'Ecouves et moi-même prenons souvent le temps de nous promener ensemble, chacun équipé de son appareil photo. Lui a une préférence marqué pour son petit hybride Panasonic tandis que, de mon côté, je ne jure que par mon lourd reflex Canon. Peu nous importe au fond, car seuls comptent la créativité, la justesse du cadrage, l'originalité du regard et le plaisir d'user nos chaussures de marche ensemble.

Il fait chaud, ce 14 juin. Nous avons pris, après réflexion, la route vers le Chevain, petite bourgade à un saut de puce d'Alençon. C'eût pu être une promenade de santé comme tant d'autres.
Mais il fait chaud, ce 14 juin.
La descente le long de l'avenue de Courteille, sans presque aucune ombre, puis de la rue Marchand-Saillant jusqu'au pont du Chevain, descente monotone et très urbaine, voit une seconde partie de notre balade la remplacer, entre le pont du Chevain, où commence officiellement cette petite commune, jusqu'au bourg même via une piste cyclable entourée de buissons. Enfin ! Un peu d'ombre... Et pourtant à cette heure encore trop proche du midi, l'ombre tant espérée se fait bien souvent désirer.


Nous arrivons finalement au Chevain. Sympathique commune dont l'immensité de la mairie et de l'arboretum attenant paraissent démesurés en comparaison de la modestie du lieu.

Alors que mon compagnon du jour avise l'ombre salvatrice d'un arbre de la Place, je remarque que les jardiniers communaux n'ont pas chômé : divers charrettes décoratives emplies de fleurs entourent la petite église du village, sise à droite de la mairie.
L'évidence me frappe avec la puissance d'un évangile : ceci ne peut qu'aboutir à une belle image.


A quelques mètres de moi, le Lutin d'Ecouves ne semble pas convaincu...



Et vous ?

mardi 4 juillet 2017

Question de préférence...


Même les photographes touche-à-tout ont leurs préférence...

Le samedi 6 mai 2017, je m'étais embarqué dans une camionnette du centre social de Courteille pour une destination fort loin de ma Normandie natale : l'Extrême-Orient. Enfin, plus exactement le plus grand parc japonais d'Europe, sis à Maulévrier, près de Cholet. Toute une aventure pour le photographe timide et pantouflard que je suis.

Maulévrier. Un parc immense aux accents asiatiques, essentiellement japonais.
Notre club photo s'est dispersé dans les divers chemins du parc. Quelques groupes informels d'amis se créent spontanément, en fonction des affinités et se dissolvent quelques minutes plus tard à l'occasion de points de vue à photographier laissant les uns derrière et les autres devant.

Je sais ce que tout photographe est censé faire dans un parc comme celui-là. L'exercice du jour se prête merveilleusement bien à la photo de paysage; c'est après tout vers un paysage rare que le club photo avait décidé de converger.
Aussi, comme l'ensemble de ses membres, je m'applique à prendre des photos du parc.
Le temps est encore grisonnant de ce matin. Nous sommes en milieu d'après-midi et le soleil commence à peine à percer. C'eût été de toute façon une perte de temps de rester à Alençon, où des trombes d'eau ininterrompues tombèrent toute la journée.

Un ciel gris uniforme n'est que rarement une bonne nouvelle pour un photographe paysagiste. Il peut cependant être une aubaine pour d'autres photographes.
Comme je l'ai dit, j'ai mes préférences. Une de mes préférences est de prendre en photo des branches et feuilles d'arbres surexposés sur fond blanc.
Puisque cette esthétique très japonisante se prête bien au thème de la journée, j'avise un arbre bourgeonnant, effectue mes réglages et déclenche.
L'écran de prévisualisation me satisfait pleinement; cette photo entrera dans mes préférées.





Un mois plus tard, au sein de notre centre social, nous visionnons une sélection d'une dizaine de photos par personne de cette fameuse sortie à Maulévrier.
En voyant ma photo, le professeur du club s'exclame :

Ah ! C'est bien Tonton Gilles, ça !

samedi 1 juillet 2017

Nocturne Alençonnaise...


La Nocturne Alençonnaise...
C'est le rendez-vous à ne pas manquer pour un photographe de rue. Depuis quelques années, les événements de ce type animent la ville, des beaux jours aux nuits précoces de décembre.
Je n'ai jamais su définir ma pratique en tant que photographe; quelque peu touche-à-tout sans être spécialisé nulle part, je suis tout au plus un bon technicien, en tout cas suffisamment pour pratiquer sans trop de gêne dans diverses situations, même nouvelles.
Néanmoins, c'est un fait, si ce soir-là R.G. et moi-même sommes de sortie dans le centre-ville à cette heure, c'est dans l'espoir double de manger un kebab chez Mehmet et de faire de nombreuses photos des animations proposées.
Nous commençons par faire un tour d'horizon des stands installés entre la Grande Rue et la Rue aux Sieurs. Ici, des cracheurs de feu se préparent -il faudra leur rendre visite- et là un souffleur de verre pratique son artisanat devant un public curieux et fasciné par son adresse et son art. Je prends quelques photos, à tout hasard.



Nous continuons notre balade dans la Rue aux Sieurs. Très vite les stands disparaissent de chaque côté de la rue. L'heure bleue est là et bien là. Je décide de prendre quelques clichés de l'ambiance du moment. Une poussette passe devant moi. Tous les piétons marchent dans la même direction, comme un seul homme ! La dernière prise est la meilleure. Je la marque pour ne pas la supprimer par mégarde.

 Nous arpentons quelques mètres encore et décidons d'un commun accord de faire demi-tour.

Qu'Alençon est belle, le soir...

mercredi 28 juin 2017

Canicule...


Quelle après-midi de feu !

Il est bientôt 18h et le soleil, toujours haut, continue de darder ses rayons brûlants sur la ville d'Alençon...
R.G. et moi-même revenons d'une longue marche photographique à travers la ville et les alentours. Malgré notre approvisionnement conséquent en boisson, la soif se fait sentir; nos bouteilles sont toutes vides.
Nous ne sommes d'ailleurs pas seuls à ressentir la douloureuse angoisse de nos organismes déshydratés : tous les bars de la ville sont remplis. Pas une place de libre en terrasse.
Nous décidons de prendre le chemin vers le Café du Théâtre, l'un de nos endroits favoris, et incontestablement le plus apprécié quand il nous prend l'envie de boire un expresso.

Hélas, comme partout ailleurs, le bar est assailli par les badauds assoiffés. La chance est cependant avec nous; alors que nous allions repartir, une place se libère !
Ce n'est pas l'heure de l'apéritif, et nous sommes d'ailleurs à la fois bien trop raisonnables et bien trop fatigués pour boire de l'alcool après une balade de 25 kilomètres. Nous commandons alors chacun un soda d'une célèbre marque rouge et blanche.

Nos bras commencent à prendre des couleurs. Heureusement nous avons le cuir épais et déjà renforcé par de nombreuses marches printanières sous des soleils plus cléments.
Le serveur nous apporte nos consommations. R.G. et moi-même trinquons à notre balade, la plus longue jusqu'alors, sans nous douter que, cinq jours plus tard, nous exploserions ce record de sept beaux kilomètres supplémentaires sous un soleil encore plus caniculaire...

Nos sodas résonnent dans nos corps comme une manne céleste inespérée. La fraîcheur de nos boissons et le pétillant du gaz carbonique sautant à la surface de nos verres sont autant d'instants de félicité.

Il ne me reste plus beaucoup à boire. Je me laisse tenter par cet étrange plaisir de manger le restant des glaçons, croquant à pleines dents ces petits icebergs. Chaque miette tombant dans ma gorge exalte un peu plus mon corps en pleine surchauffe. Je suis pleinement satisfait de moi.
R.G. m'adresse un sourire et quelques rêveuses réflexions...


Nous allons prendre un second soda...

samedi 24 juin 2017

Nous en avons à Sées...


Sées.
Il est tard à présent. Aux côtés de l'une des membres du club photo de Courteille, équipé de mon fidèle appareil et d'un zoom grand angle, j'arpente la place de la cathédrale en direction de la mairie.

Cette sortie dans la cité des évêques de l'Orne, je ne l'avais pas prévue. Deux jours auparavant, elle m'avait proposé de l'y accompagner. Etant tous deux de la même génération, partageant par ailleurs la même passion pour la photo, il était naturel que nous nous entendions bien. C'est ainsi que j'avais atterri là, un soir de début juin, entre deux averses.

L'heure bleue s'étend à présent au-dessus de nos têtes. Il ne fait ni franchement nuit ni véritablement jour. Nous aurions bien aimé voir les illuminations de la cathédrale, pourtant cette dernière reste désespérément plongée dans les ombres du soir.

Une autre averse recommence doucement à tomber. Aucune importance; je suis déjà trop trempé pour en être incommodé. Je pense toutefois à mon appareil, priant pour que son traitement tous temps tienne ses promesses.
La mairie vient de s'illuminer, et ça, c'est une occasion trop belle pour la rater. Bien que de nombreuses voitures stationnent sur le parc devant la belle bâtisse, je décide de prendre la photo. Après tout, elles aussi sont plongées chaque minute un peu plus dans le noir.

Je m'approche encore. Montant les quelques marches qui me séparent du perron de l'édifice, je lève la tête au ciel, lis l'immense écriteau affichant "Exposition", vois le drapeau français flotter au vent de l'orage qui s'annonce, remarque la parfaite symétrie de la façade et tente une autre photo.
J'ai beau savoir qu'il est inutile de prendre trop de photos d'affilée, j'en assure une seconde, prenant davantage garde à la rectitude de mon cadrage. Peu importe, j'aurai le plaisir immense de passer du temps à les trier demain.

Le temps passe...
Nous avons beau savoir que la cathédrale devrait s'allumer tôt ou tard, nous décidons de rentrer. Il commence à faire froid, le vent se lève et perce nos os jusqu'au bout de leur humidité.

Au-dessus de nous, un ciel tourmenté continue ses lamentations...

mardi 20 juin 2017

Les vignes d'Alençon...


Alençon résonnait encore du vacarme de la dernière averse.
Timidement, le soleil reprenait ses droits.
Quelques gouttes, çà et là, tombaient encore malgré un ciel dégagé de plus en plus franc.
Le long de la rue Labillardière, le bitume, encore détrempé, séchait à vue d'oeil.
Pendant ce temps, je marchais, pensif, songeant à la prochaine photo que je prendrais.
Au tournant de la rue, m'engageant vers le centre-ville,  je croisai le chemin de quelques courageux piétons n'ayant pas redouté les pluies d'orage. Peut-être avaient-ils été surpris par le temps. Peut-être avaient-ils un rendez-vous à honorer. Peut-être étaient-ils simplement, comme moi, insensibles à la météo. Nous sommes un jour en "di" et tous les jours en "di", il est nécessaire de marcher.
A ces heures, alors que le tantôt bat son plein, la ville bruisse légèrement au rythme des pas des retraités qui arpentent ses nombreuses rues et au son de quelques véhicules. L'heure de pointe approche lentement. Le temps des bouchons et des apéros dans les bars du centre-ville n'est pas encore venu. Elle semblerait presque endormie, cette belle cité, endormie à l'heure de la sieste...
Pourtant, dans les nombreux bureaux, agences, écoles, administrations, services publics, des milliers de fourmis s'activent au nom de leur indépendance financière. Quiconque ne pénètre pas dans ces bureaux ne pourra se douter de l'agitation sourde qui règne aux heures où les retraités sont de sortie.

Passant sous les vignes des bords de Sarthe, via une petite portion urbaine du chemin vers le Mont Saint-Michel, un trait de soleil m'éblouit à travers les feuillages suspendus.
Je m'arrête un instant. La chaleur et la lumière du soleil apaisent mes paupières closes. Un léger vent sifflote à mes oreilles.
Mes yeux se rouvrent, contemplant les vignes suspendues, le ciel et les nuages. Petit à petit les couleurs naturelles et les détails de cette scène me reviennent. Je remarque enfin ce que je savais inévitable; des perles de pluie séchant sur le dessus des feuilles, dessinant par transparence de bien belles ombres blanches et grises sur une dominante d'un vert tendre...

Il est temps de prendre mon appareil photo.
Quelques réglages rapides. 1/640e de seconde plus tard, le miroir de mon viseur se repositionne.
Je sais, avant même de l'avoir vue sur écran, que j'aimerai cette image... Peut-être sera-t-elle intéressante en noir et blanc. Ou peut-être la couleur seule révélera sa grâce.

Il me reste à continuer mon chemin...

vendredi 16 juin 2017

Peuplier...


Peuplier, que fais-tu ?
Peuplier, que vois-tu ?
Peuplier, qu'entends-tu ?
Peuplier, que ressens-tu ?

Peuplier, quel goût a la terre ?
Peuplier, que te chante l'air ?
Peuplier, que t'apporte l'eau ?
Peuplier, quels sont tes maux ?

Peuplier, étends ta cîme !
Peuplier, voici notre dîme !
Peuplier, tel est notre hommage
Peuplier, sage parmi les sages.

Toi grâce à qui l'homme comprend
Combien il faut prendre son temps.

lundi 12 juin 2017

Lik'Orne...


- ... Et à ce moment-là, elle surgira sur scène, peinte en rose et violet, montée par Edrik. Là le technicien lancera les flammes et les feux de Bengale. Vous, vous resterez en arrière pour vous assurer qu'elle ne disparaîtra pas. Ça va être du tonnerre et grâce à vous, nous ferons les premières pages de l'ensemble des journaux de Metal ! Ça va ? Vous êtes prêts ?

- Je n'ai jamais été d'accord pour cette mascarade, Ragnar. Ces créatures ne sont pas censées être des monstres de foire, encore moins des montures pour metaleux barbus de 150 kg ! Vous êtes conscient des risques que vous faites prendre à votre bassiste ?

- Y a pas plus pur d'âme qu'Edrik, monsieur. Baptême, première communion, confirmation, enfant de choeur et tout le tralala... C'est à se demander comment il a fini par devenir un si grand joueur de pagan metal !

- Mouais... Je vous rappelle que ces bêtes n'aiment pas trop les effluves de houblon et votre Edrik a tendance à en vider un petit litre avant chaque concert... La bière est peut-être bonne pour la récupération, mais en ce qui me concerne, je vais avoir beaucoup de mal à ne pas la faire ruer.

- Ne dites pas de bêtises ! Vous êtes le meilleur de toute la Normandie en matière de contrôle mental. Ce sera facile pour vous... Et puis vous aussi, vous serez à l'affiche demain matin. Le monde des Surnaturels ne va parler que de vous après ça !

- Estimez-vous heureux d'avoir de meilleurs moyens de pression que la bière et la gloire pour m'avoir poussé à accepter, vil félon... Vous le savez, tôt ou tard j'aurai ma vengeance. Je me venge toujours...

- Peut-être, mais en attendant, c'est moi qui mène la danse ! Alors profitez du temps qu'il vous reste pour la soumettre. Faites-vous une migraine s'il le faut !

- ... Très bien. Mais ne comptez pas l'utiliser pour un de vos rituels déjantés; après le concert je la relâche en Ecouves, là où elle n'aurait jamais dû être capturée.

- C'était une exception ! Une telle aubaine ne se renouvellera pas de sitôt. Et que serait notre festival si nous rations une pareille mascotte ?
Après tout, nous sommes au festival Lik'Orne !

- Amenez-la-moi qu'on en finisse, et puissiez-vous aller au Diable, tous autant que vous êtes !



- Oh mais...

... Nous en venons, justement ! Bonne préparation, Gilles !

jeudi 8 juin 2017

Lumière...



Lumière,
Tu es partout.

Lumière,
Tu éclaires tout.

Lumière,
Par-devant.

Lumière,
Par-derrière.

Lumière,
Chevauchant

Lumière,
Le ciel, le vent.

Lumière,
Toujours solaire.

Lumière,
Toujours fière.

Lumière,
Même à travers

Lumière,
L'esprit des fous.

Lumière,
Tu nous éclaires !

Lumière,
Est-ce toi ? Avoue,

Lumière,
Qui fut la Première

Lumière,
A apparaître

Lumière,
Et sera la Dernière

Lumière,
A disparaître ?

dimanche 4 juin 2017

Rétrospective psycho-photographique...



On sous-estime trop souvent ce que peut nous apporter autrui.
Il y a de cela presque deux ans maintenant, j'intégrai pour la première fois de ma vie un club de mon propre chef, bien que quelque peu incité par mon entourage et mes médecins. Tous voyaient d'un très bon oeil cette idée de m'inclure dans un groupe partageant une passion commune. Tous me répétaient à l'envi qu'en outre, cela serait un vecteur de progrès  personnel  à tous points de vue, à commencer par la photographie. Il s'agissait effectivement d'un club photo.

Dire que j'ai franchi le seuil à reculons serait mentir, mais de toute évidence, je n'y allais pas en toute confiance, échaudé que j'avais été durant mes jeunes années par des expériences malheureuses au contact de jeunes gens de ma génération, y compris dans le cadre périscolaire.
Pourtant, Dieu seul sait pourquoi, le premier jour où je pris contact avec le club photo de Courteille, j'osai l'impensable ; au cours d'initiation, alors que je n'étais qu'une nouvelle tête apparue subitement quelques minutes auparavant, je proposai au professeur d'éventuellement regarder quelques photos que j'avais sur ma clé, dans ma poche.

Etait-ce une technique du "ça passe ou ça casse" ? Etait-ce le résultat d'une alchimie si particulière, celle de la rencontre entre un professeur à la barbe fleurie prompt à mettre à l'aise tous les arrivants et un nouveau venu agréablement surpris par l'ambiance se dégageant de l'endroit ?
Etait-ce un coup de folie ? Un éclair de lucidité ? Un moment d'égarement ?

Peu importe, ce fut le premier doigt mis dans l'engrenage et celui-ci entraîna un second, pour embarquer au final la main, le bras, et l'ensemble du bonhomme avec.



De nombreux mois ont passé dorénavant. Le nouveau venu d'octobre 2015 a bien vite été refoulé dans les profondeurs insondables et pleines de microbes de l'oubli pour laisser la place à un membre de club photo à l'aise parmi les autres, chargé de quelques responsabilités à sa mesure (en particulier, l'entretien et l'écriture du blog de ce club photo), faisant consensus sur la qualité de ses compétences rédactionnelles et ne déparant pas en tant que photographe amateur au sein d'un groupe aux qualités et compétences photographiques réelles.

Plus encore, le photographe dilettante est parti bien loin, délaissant son EOS 1000D pour un matériel plus perfectionné, développant son cheptel d'objectifs, d'appareils, et surtout améliorant la qualité de ses clichés d'année en année, à son rythme.

Une photo comme celle que vous voyez au début de ce billet aurait été hors de portée pour le débutant que j'étais il y a encore peu; sauf à quelque heureux hasard.
A présent, cet épanouissement-surprise qui me permit de progresser dans de nombreux domaines est la principale raison m'incitant à me lever le matin sans rechigner.

Bien sûr, un handicap comme le mien ne s'efface pas pour autant. Même l'épanouissement apporté par ce club ne saurait effacer une maladie chronique, ni la fatigue qui en résulte et m'empêche encore trop souvent de vivre pleinement mes journées, ni les effets indésirables des traitements, ni même le poids moral de cette différence qui se fait régulièrement sentir...




...Mais il peut devenir plus léger, moins envahissant, et me permettre de ne plus être simplement ce à quoi on me réduisait - et ce à quoi je me réduisais - trop souvent : un simple handicapé.

Dorénavant, je suis photographe amateur.

jeudi 1 juin 2017

dimanche 28 mai 2017

A Maulévrier, entre deux réalités...


... Et donc, n'oubliez surtout pas : rendez-vous à 23h15 à l'entrée du parc. Suivez bien les lueurs bleues pour la visite nocturne, nous ne voulons surtout pas d'accident.

Une nuit comme celle-ci était à ne pas rater. En effet, Gilles et un groupe de photographes s'étaient donné pour mission de faire des photos au parc de Maulévrier pour la première Nocturne de la saison.
Toutefois, quelque chose chiffonnait Gilles, alors qu'il prenait le chemin balisé de bleu.

Au-delà du chemin, en terrain non-autorisé, de l'autre côté des clôtures, il était possible de deviner d'étranges lueurs. Non pas les lueurs des éclairages installés ici et là pour ravir les visiteurs, mais d'étranges lumières flottantes, d'un rose orangé, des lumières qui circulaient à grande vitesse quelques secondes avant de s'évaporer près d'un des nombreux arbres de l'endroit.

Mais peu importe ! se dit Gilles. Cette nuit est une nuit de photo, rien d'autre. J'ai mieux à faire que d'enquêter. Il s'attela alors à faire ce qu'il était censé faire, posant son appareil sur un solide trépied, errant sur les chemins du parc japonais, à la quête de plans à photographier.

Hélas le parc est grand, en vérité, et rares sont les visiteurs en cette soirée sans lune.
Rata-t-il un embranchement ? Rêva-t-il au mauvais moment ? Y eut-t-il un dysfonctionnement électrique ? Toujours est-il que soudain, Gilles se rendit compte que les ténèbres l'entouraient.
A ses pieds, le contact d'un gazon fraîchement coupé lui indiquait qu'il devait certainement se situer non loin du chemin.
L'air était frais, mais pas glacial. Un frisson lui parcourut cependant l'échine.
Tendant l'oreille, Gilles entendit des murmures. Des murmures par centaines, comme une discrète cacophonie de chuchoteurs.
S'approchant de la source des chuchotis, un bruit humide se fit entendre, accompagné d'un froid saisissant au niveau du pied gauche. Gilles écarquilla alors un peu les yeux et vit à la lueur des étoiles une étendue d'eau comme il n'en avait jamais contemplé. Cette étendue semblait l'entourer. Il comprit alors qu'il était sur un îlot, au milieu de nulle part.

Les murmures s'intensifiaient dans son dos. Lentement, il se retourna, tétanisé par ce froid qui pénétrait en lui, ce froid non-atmosphérique, ce froid qui signalait des présences non-naturelles.
Des centaines de lueurs orangées flottaient devant lui.
Certaines se mirent à tourner  devant ses yeux, dans une macabre danse dont il était le centre.
Les lueurs s'intensifiaient, Gilles commençant à perdre le sens du haut et du bas, se tint fermement à son trépied. Toutes ces lumières tournaient de plus en plus vite, de plus en plus nombreuses, le froid commençait à percer son âme de part en part, en de milliers de morsures simultanées. Les murmures des damnés se firent pressants, violents, inquisiteurs, tortionnaires à mesure que tout devenait plus pâle.
Un rire givré, maléfique, cruel résonna à ses oreilles...
Gilles s'apprêtait à perdre conscience quand un contact chaud, moite et ferme embrasa son épaule et son corps, le faisant pivoter brutalement.


Monsieur ? Vous n'êtes pas sur le bon chemin, suivez-moi !

Un des gardiens du parc se tenait devant lui, une lanterne bleue à la main, le visage sévère et amical à la fois. Une vague de chaleur se répandait dans le corps de Gilles.


Venez, monsieur. Vous n'avez pas été prudents.

Quel est cet endroit ? Que s'est-il passé ?

Peu importe, monsieur, c'est fini. Contentez-vous de suivre le chemin. Vous voulez un verre d'eau ?


Je... Non... Mais ce que j'ai vu...

Nous vous avions pourtant bien dit de ne pas vous éloigner des lumières bleues...

mercredi 24 mai 2017

Le spectre d'une menace passée...


Quelle belle journée, ne trouves-tu pas Michèle ?
Avançant sur le chemin des perles, l'appareil photo autour du cou, un couple de jeunes retraités prenait le grand air sous un soleil éclatant. Autour d'eux les oiseaux chantaient, des vaches broutaient l'herbe dans les champs et de nombreuses fourmis s'activaient au sol, rapportant quelques centaines de pucerons...

Dire que l'instant que vivaient Michèle et son mari Bernard était idyllique serait peut-être mentir, cependant. La chaleur commençait à monter et la proximité du plan d'eau apportait son lot de moustiques, au grand dam des promeneurs.


C'était en effet une belle journée.

Le circuit de grande randonnée, serpentant entre les champs, les emmenait dans un de ces fameux chemins creux qui font la beauté du bocage normand, quand soudain, un étrange frisson parcourut le bas de leur échine.
Rien ne semblait avoir changé dans cette journée, et pourtant quelque chose ne tournait pas rond.

Bernard... Bernard. Tu entends ? Ce silence...



Un cri strident venu du bout du chemin, un cri assourdissant retentit alors, un cri comme venu d'outre-tombe.
Le silence, ce silence assourdissant, reprit.

De longues minutes passèrent.Bernard et Michèle, immobiles, inquiets, semblaient hésitants.


Un jeune homme paniqué surgit devant eux, se ruant vers eux, en hurlant :

Fuyez ! Fuyez pour vos vies ! Il est là ! Fuyez pour vos âmes !

M... Mais qui ? Qui ? Que ? Qu...Quoi ?

LE NAZGÛÛÛÛÛL !

mardi 16 mai 2017

Mise au point printanière...


Salut Gilles ! Ça fait longtemps que tu n'étais pas passé nous voir ! Comme d'habitude ?

Non, juste une grenadine. Theud Rik est là ?

Dans l'arrière-salle, à sa place habituelle. Mais tu n'es pas encore en train de nous préparer un été de feu, hein ?

J'ai mieux à faire, Helsing !

Allez, une grenadine pour le sieur Gilles. Il n'est pas là l'autre lutin ?

Eh ! Un peu de respect, Helsing ! Tu sais que tu parles au chef des lutins d'Ecouves, quand même ?

Oh, excuse-moi, Theud. B...Bon je vous laisse...

Quel lourdaud, celui-là. Quand il ne sert pas son jus de chaussette imbuvable, il s'amuse avec les succubes qui fréquentent son bar... Je me demande ce qui me retient de le signaler à la Brigade des Trolls. Passons. Quel est le but de ta visite, Gilles ?

J'ai... Un cas de conscience, Theud.

C'est à dire ?


Eh bien, tu sais, j'ai l'impression qu'Odin roule secrètement pour les divinités du Sud. Et qu'il m'a manipulé pour faire de moi son arme face à Njörd. Pour le coup, si Commode avait été tué l'hiver dernier, qui sait ce qui serait advenu de notre paix ?

Gilles, tu me sembles bien naïf. Évidemment qu'Odin roule pour les divinités du Sud. C'est même plutôt un moindre mal compte tenu de la personnalité de ses adversaires. Mais le Printemps est là, et il n'est pas près de disparaître. Grâce à toi, on a pu avoir un peu de répit. Et puis, tu connais les prophéties aussi bien que moi : la bataille entre le Nord et le Sud n'aura lieu qu'au temps du Ragnarok. On n'est pas rendus. D'ici à la fin des temps, ton rôle, notre rôle est de maintenir l'équilibre dans cette région. Quitte à effectivement nouer des alliances contre-nature ou trahir le camp qu'on avait servi l'année précédente.
Ce n'est pas important qu'il t'ait manipulé. Nous sommes tous les pantins des dieux. Et pourtant, sans nous, ce serait la guerre civile. Car il y a plus puissant que les dieux...


Plus puissant que les dieux ? Qu'y a-t-il de plus puissant qu'eux ? Je me demande bien.

Le Destin, Gilles, le Destin...

vendredi 12 mai 2017

Let us all unite !



Soleil de mes nuits
Lune de mes jours
Jeune étoile qui luit
Belle comète qui court...

Peu importe qui tu es
Et même ce que tu fais.
Peu importe ton âge
Et même ta rage...

Qui que tu sois
Peu importe ta foi
Ne crains pas l'avenir
Il nous faudra nous unir.

Comme le disait Chaplin,
Devant une nuit cristalline :
Let us fight for a world of reason !
A world where science and progress
Will lead to all men hapiness !

Let us all unite !

lundi 8 mai 2017

Plagiat ?


Qu'est-ce qu'un plagiat ?

Voilà la question que je me suis posée ces derniers temps. C'est une question vieille comme les arts, une question qui tourmente l'ensemble des artistes de tous poils depuis l'invention du droit d'auteur.

Des cohortes entières d'artistes se sont déjà plaintes que leur oeuvre se soit retrouvée singée par un vague tâcheron sans talent particulier, essayant d'imiter à bon compte son artiste favori afin d'en récupérer quelque gloriole.

Il faut toutefois se rappeler qu'il n'en fut pas toujours ainsi.
Des peintures célèbres comme La Dernière Cène du Christ se sont vues imitées, recopiées, dupliquées jusqu'à devenir des memes, des œuvres imprégnant l'inconscient collectif, et cela dès la Renaissance.

En vérité le rapport au droit d'auteur était très différent à ces époques; un auteur qui en copiait un autre rendait simplement hommage au génie de celui qu'il copiait, même si le destinataire de l'oeuvre plagiée n'en savait pas grand chose. Cela n'avait aucune importance puisque la notion de plagiat n'existait pour ainsi dire pas.

A notre époque, les choses sont bien sûr radicalement différentes. La multiplication des moyens de communication -au premier rang desquels nous trouvons Internet-, leur célérité incroyable, leur accès facilité à l'ensemble de la planète et la démocratisation de l'expression artistique ne permettent plus de gérer la question du plagiat à la façon Renaissance Italienne.

De nos jours, face au brouhaha médiatique incessant, face au bruit que représente la somme d'information qui nous parvient, il devient hélas impossible de trouver facilement la source d'inspiration d'un artiste...

Pourtant, l'inspiration vient toujours de quelque part, même dans une oeuvre originale.
Tout artiste ne faisant au final que redigérer les diverses influences artistiques et philosophiques qui ont façonné son être, et ainsi tout est plagiat et rien ne l'est parfaitement.

En bref, où commence et où finit le plagiat, là est la question.
Cette question est d'autant plus cruciale qu'elle est complexe. En effet, on peut placer le plagiat à partir de l'instant où une oeuvre artistique reprend à son compte tellement d'éléments de l'oeuvre précédente qu'on ne peut que remarquer l'influence de l'originale.
Oui, mais ce n'est pas le seul critère.

Doit-on ainsi taxer de plagiat les nombreuses fanfictions de Harry Potter et autres littératures jeunesse ? Est-ce qu'un plagiat commence dès l'utilisation de personnages sous copyright, ou ne commence-t-il vraiment que passé un certain seuil de popularité ? A moins que ce ne soit la légitimité du médium utilisé qui fasse le plagiat. Et dans ce cas, nous sommes en pleine subjectivité.

Le critère central qui met à peu près l'ensemble des artistes d'accord, c'est la volonté de faire passer pour originale et personnelle une oeuvre qui ne l'est pas. Cette volonté permet de différencier le plagiat du pastiche - ainsi que de la fanfiction.



Je songeais à cela alors que je découvrais l'exposition Regards à la Halle au Blé d'Alençon et que j'examinais une série présentée par un des photographes exposés, Thibaud Derien, consistant en un plan frontal d'une véritable collection de devantures abandonnées et usées de commerces des années 60, du boucher au photographe en passant par le coiffeur et la boulangerie.

Cette série m'aura tant fasciné que j'eus l'idée d'essayer à ma manière de m'approprier son idée, idée dont vous voyez plus haut un exemple : une façade d'entrée d'un bâtiment abandonné ou usé par le temps.
Sans doute cette idée aura déjà été exploitée sous cette forme-là par ailleurs (on ne peut guère dire qu'elle brille par son originalité), mais le fait d'avoir vu cette exposition Regards fait-elle de moi un copieur et de cette photo un plagiat éhonté ?

Tout photographe progresse aux dépens de ceux qui le précèdent. Cette leçon que j'ai tardivement retenue vaut bien un fromage, sans doute. Pourtant c'est un fait; on ne progresse vraiment qu'en copiant les autres, qu'en les singeant. Ce n'est pas vrai qu'en art. Tous les parents vous le diront : même les enfants "plagient" leurs adultes préférés pour grandir et s'approprier le monde qui les entoure.


L'imitation, la copie, ne devient-elle donc péché artistique grave qu'au jour où l'imitateur se vante d'être devenu un adulte à part entière ?





...Et si au final, tout artiste devait commencer par plagier avant de créer ?

jeudi 4 mai 2017

Zénitude ornithologique...


Certains artistes ont besoin d'une muse pour créer. Moi, pour créer j'ai besoin de mon appareil photo... et d'une musette pour le ranger.

En vérité, j'ai beau ne pas avoir de muse, mon processus photographique, qui est à la base de mon processus d'écriture, a besoin de motivation pour sortir des sentiers battus.
Bien souvent, il ne s'agit que d'une situation ou d'un lieu inattendu. Guère plus.
Parfois, il me faut un ami, quelqu'un m'accompagnant à des heures indues ou en des lieux perdus.
C'est ainsi qu'en plein bord de Sarthe, mon meilleur ami et moi-même nous nous arrêtâmes malgré le pressant appel du Kebab Sacré. En effet, nous vîmes un pigeon au sommet d'un lavoir. Sans véritablement savoir si j'allais réussir, je m'approchai à pas de loups. Doucement, lentement, calmement, tout en mitraillant le volatile à l'aide de mon EOS.
Un pas de trop le fit s'envoler au loin.

Pourtant, une fois de retour à mon bureau, aux aurores, après une bonne nuit de sommeil, j'aperçus la possibilité d'une belle photo. Quelques recadrages finirent de me convaincre que la beauté résidait parfois dans la simplicité la plus nue.

Grâce soit rendue à cet aimable pigeon. Preuve est faite que même de si banals oiseaux peuvent être photogéniques aux bonnes heures...

lundi 1 mai 2017

Gronde, la folie divine...



Voici la menace des Cieux.
Voici la menace des Dieux.
Voici que notre vieux monde
Entend l'orage qui gronde.

Avons-nous ainsi mérité
Ce funeste châtiment ?
Est-ce là l'unique vérité
De ces dieux déments ?

Ô Fracas foudroyant !
Ô Brasier flamboyant !
Déchiquetez la pierre,
Démons incendiaires !

Vous, Divins déments,
Maîtres des éléments,
Emportez notre monde
Dans votre divine tombe !


Ou bien...

Avant la Fin...


Protégez-nous !
Aimez-nous !
Sauvez-nous !
Aidez-nous, pauvres fous !

lundi 24 avril 2017

R.G.


Nos chemins se sont rejoints il y a maintenant fort longtemps...
Lui était en 5e, et moi en 3e. Nous n'avions pourtant qu'à peine 8 mois d'écart, mais le hasard des dates de naissance, les choix de filière et les redoublements ne nous permirent jamais de nous retrouver ensemble dans la même classe.

Nous n'étions à l'époque que deux adolescents aux profils très singuliers à l'intérieur d'un petit groupe de geeks qui s'était soudé autour de son talent très prononcé pour le dessin et les arts en général.
Pièce rapportée par un camarade de classe, je ne puis prétendre avoir été son ami dès cette année.
Il fallut attendre une année entière de fréquentation assidue à chaque récréation, la séparation du groupe à l'occasion du temps du lycée et de nombreuses conversations le soir venu sur Microsoft Messenger - le fameux MSN de nos années perdues - pour qu'enfin nous nous parlions régulièrement, avec une vraie cordialité.
Nous datons le début de notre amitié par le jour de notre rencontre, il y a de cela plus de treize ans, mais ce fut précisément au bout de la seconde année de lycée, soit deux ans plus tard, que notre amitié se scella dans l'adversité et la solidarité.

Peu d'adolescents peuvent se vanter d'avoir une vie idyllique. En réalité, sa vie à lui était largement aussi mouvementée que la mienne, sans doute même bien plus.
Pourtant cela ne l'empêchait pas, alors que ma santé se dégradait, de venir me faire prendre l'air plusieurs soirs par semaine sur un banc au niveau des Réservoirs, où il me parlait de sa vie, de ses rêves, de ses envies et de ses difficultés pendant parfois plusieurs heures sans rien attendre en retour que mon écoute distraite. A cette époque, il avait déjà compris les tourments qui me traversaient, sans pour autant me considérer comme un impotent. Il se contentait de m'aider, me faisait prendre l'air, arrachant parfois quelques phrases de mes douloureuses rêveries, m'attendait à la sortie des cours ou pendant les récréations et, inlassablement restait à mes côtés.

Aujourd'hui encore, je me demande comment il a bien pu tenir les deux années de Première Scientifique, les deux années les plus difficiles de mon parcours jusqu'alors, sans se lasser.

Une partie de la réponse tient bien sûr dans la solitude; lui aussi savait ce que cela faisait d'être seul à l'école et puisque ma réputation était celle d'un type bizarre, il s'est spontanément rapproché de moi, me connaissant déjà un peu, et a, semble-t-il, trouvé un être avec qui il partageait des points communs.


Des points communs, à présent nous en avons. Beaucoup. Les années ont eu le temps de passer. J'ai presque 28 ans à présent, et je n'en avais que 14 quand nos chemins se rencontrèrent. Treize années d'amitié commune laissent des traces; nous partageons des références  humoristiques, culturelles, musicales, avons deux activités communes qui nous relient; la photographie et la marche à pied.
En presque 14 années d'amitié, nous nous sommes vus l'un et l'autre dans les états les plus difficiles possibles, mais au nom de notre amitié nous sommes toujours restés fidèles l'un à l'autre... Nous étant construits ensemble, ayant grandi ensemble, nous avons su ne jamais perdre de vue l'importance de notre relation, même quand cet intrépide aventurier s'embarquait pour trois mois au Canada, dans une histoire d'amour que seuls les jeunes esprits peuvent imaginer.



Nombreux sont ceux qui, à nous voir, nous entendre parler de l'un et de l'autre, pourraient supposer que des liens amoureux aient pu se glisser dans notre relation.
Ce ne serait pas tout à fait faux; cet amour est celui de deux frères qui se seraient trouvés après avoir erré des années seuls... Il le répète assez souvent : bien qu'étant en couple avec une dulcinée, il me considère souvent comme "l'homme de sa vie", tout comme de mon côté j'avoue avoir trouvé un frère en lui.


Les amitiés peuvent se distendre, se détruire même. Deux grands amis peuvent finir par se brouiller ou ne plus se reconnaître en l'autre. Pourtant, lui comme moi nous prenons toujours à rêver être encore les meilleurs amis du monde à l'âge de la retraite.
Toutefois, nos parcours singuliers font qu'aujourd'hui encore, à l'approche de nos quatorze ans révolus d'amitié, nous avons confiance dans le fait que nos pas retentiront de concert dans les environs pour encore de longues années...

dimanche 16 avril 2017

Contemplation...


Certaines soirées offrent des opportunités photographiques peu courantes...

Mardi 11 avril 2017, 20h30. Me voilà en plein cœur de la Halle au Blé, soldat de l'image chargé d'une mission photographique pour mon club photo. Mon rôle ? Photographier puis faire un reportage d'une conférence-débat dans le cadre d'une exposition de qualité.

Il serait fastidieux de résumer le contenu de la conférence, sachez juste que le thème abordé était celui de la photo de famille et son rôle dans le cadre familial, humain et psychologique.

Deux bonnes heures de photographie presque ininterrompues. C'est le genre de responsabilités que j'apprécie le plus. Tant que je suis concentré sur l'opportunité d'une photo, que mon œil se transforme en viseur et que mon esprit ne se préoccupe pas du bruit, de la foule et de l'heure tardive, je suis dans mon élément.  Ce plaisir se poursuivra d'ailleurs le lendemain matin au tri et à la retouche des photos obtenues.

Pourtant il n'y a pas que la conférence qui m'intéresse en cette soirée tardive.

Comme je l'ai dit, certaines soirées offrent des opportunités photographiques peu courantes...
Non pas que se retrouver à l'intérieur de la Halle au Blé soit rare, mais faire des photos en toute légitimité sous cette magnifique verrière alors que l'heure bleue passe et que la nuit tombe est une sorte de privilège pour le photographe timide que je suis.
Aussi, alors qu'une respiration dans le jeu de questions et réponses me permet de m'évader un instant de mon rôle de reporteur, je lève les yeux au ciel, prends mon reflex, visant la verrière et déclenche à la lueur de l'éclairage interne du bâtiment, la beauté de cette heure crépusculaire se révélant enfin à moi.


Le temps passe, et la Lune finit par envahir le ciel, un ciel d'un noir prononcé, un ciel annonçant les mois de juin et de juillet avec une certaine avance.
Je tente un dernier cliché entre deux questions.

Quelle belle nuit...



mercredi 12 avril 2017

Valar morghulis...


Mesdames, messieurs bonjour ! J'ai un colis adressé à votre nom, madame Delalande.
Ah ! Monsieur Gilles ! Votre tournée se passe bien ce matin ?

Oh, vous savez,  l'intérêt du vélo, c'est que, lorsque le soleil se pointe, je fais presque le plus beau métier du monde. Ne manquerait plus que les impôts oublient de nous envoyer de mauvaises nouvelles à délivrer pour que ce soit vraiment parfait. Ça et les avis d'huissiers.


C'est vrai, c'est vrai... Vous devez avoir des histoires dramatiques à raconter, dans votre métier. Ce n'est sûrement pas facile tous les jours de délivrer des mauvaises nouvelles. Puis avec ce qu'on raconte, les attentats tout ça...

Comme vous dites, madame Delalande. Cela dit, dans le métier on a aussi de quoi tenir n'importe quel réveillon en sketches et histoires les plus improbables; certains usagers sont carrément célèbres pour nous fournir toujours plus de loufoqueries à chaque fois qu'on leur dépose un colis.


Comme vous dites, mon brave monsieur... Mais... pardonnez ma curiosité, vous n'avez jamais eu de colis bizarres dans la région ? Ma belle-soeur de Strasbourg a dit qu'une fois, elle avait reçu un carton vide correctement affranchi et sans mention de l'expéditeur... J'avoue que j'ai toujours un peu de mal à la croire.

Ah ! Madame, si vous saviez... C'est le genre de blague que des gens se font chaque semaine en France. Il ne se passe pas un mois sans qu'on accueille une dizaine de cartons vides à expédier quelque part en Normandie.
Un jour il faudra quand même que je vous raconte l'histoire du Colis. Le Colis avec un grand C. Celui-là, il va vous étonner !


Vous en avez trop dit là, monsieur Gilles ! Ou alors pas assez...

Oui, et ma tourné va finir par être en.... Oh puis flûte !
Le Colis, c'est un emballage carré que les services de poste français se trimballent d'année en année. On ne sait pas qui l'a envoyé, ce qui est sûr c'est que ce Colis défie toutes les lois de la raison.
On l'a stocké une douzaine de fois dans nos entrepôts ; il n'a jamais été réclamé et pourtant on l'a retrouvé chaque fois un mois plus tard à se trimballer à nouveau dans les circuits de distribution.


Ça alors ! C'est pas banal. Et ce ne serait pas un plaisantin de votre entreprise qui ferait durer la blague ?

Peu probable, madame. A moins qu'il eût accès aux dix entrepôts différents dans lesquels on l'a stocké.

Et au fait, que contient-il, ce Colis ?

C'est là que le mystère s'épaissit. C'est un colis en carton, comme des millions d'autres, pourtant on n'a jamais réussi à l'ouvrir. Ni à l'endommager en fait. Mon chef Michel a déjà explosé la lame de douze cutters pour essayer de regarder à l'intérieur.


Et il n'y a vraiment rien qui puisse vous dire ce qu'il fait là ?

Non rien... La seule chose qu'on a pu découvrir sur ce colis, c'est une phrase tamponnée sur le dessus.

Et que dit-elle ?

Elle dit : Tout homme doit mourir...

samedi 8 avril 2017

Errare humanum est...



Mais enfin, Christophe ! Je vous avais bien dit de faire attention à cet ouvrage inestimable ! Qu'est-ce qui vous a pris ?

Le professeur Henri, maître de la bibliothèque Aveline, s'agitait en tous sens, vociférant contre son jeune et étourdi assistant, tournoyant autour de ce dernier.
L'enfer de la bibliothèque était calme, à cette heure de la journée; la pause du midi ne voyait que quelques bibliothécaires s'affairer à ranger les derniers livres avant le déjeûner. L'agitation hystérique du professeur, ses mots durs envers son assistant et les bredouillements du jeune Christophe n'en résonnaient que davantage...

Un ouvrage rare, peut-être unique en son genre, Christophe ! Et vous l'avez égaré ! Égaré ! Mais quelle mouche vous a piqué !? Vous savez combien de bulles pontificales de cette série existent encore de nos jours ?


Christophe ouvra la bouche, la referma, puis bredouilla...

Euh, peut-être... Mille... D-d-deux... deux-mille ?


La réponse ne se fit pas attendre; le bouc du professeur Henri en sembla même se friser.

Mille ? Deux mille ? Mais vous avez perdu l'esprit mon petit Christophe ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des bulles pontificales annotées par Jean-Paul Ier ? Celle-ci était l'une des rares sinon l'unique à avoir été ainsi annotée ! Et maintenant elle a disparu on ne sait où ! Mais je rêve ! C'est un cauchemar ! Qui m'a fichu un assistant aussi maladroit ?!


Le jeune Christophe était à présent totalement blême; sa lèvre inférieure vibrait. On aurait pu croire qu'il était sur le point de fondre en larmes, et ce n'aurait point été très éloigné de la vérité...



*****




Oh, Josette ! Regarde-moi ça ! Tu as vu ? C'est une bonne idée d'animation. Mets-toi là-dedans et je te prends en photo... Enfin, attends que je règle un peu mon appareil... Ah, si Gilles était là !

Thierry, un jeune et fringant retraité s'était arrêté au parc de la Providence, émerveillé par un de ces décors de bric et de broc mis en place à l'occasion du Festival Culture(s) Elles et Cinéma, singeant des scènes de films célèbres et placés un peu partout en centre-ville en ce début de printemps.  Regardant de plus près, ils aperçurent, posée sur le rebord d'une baignoire, une pile de vieux livres abîmés par le temps et les manipulations répétées.
Sa femme s'installa dans le décor en question, se pencha au-dessus de cette pile de vieilleries, en saisit la première venue, prit la pose, mimant une lecture détachée et décontractée...


Tiens, c'est amusant, mon Chéri ! On dirait qu'il y a des annotations en latin dans ce bouquin...

mardi 4 avril 2017

De l'art de dire n'importe quoi...


Il existe de nombreuses façons d'écrire, de nombreux styles littéraires. Il existe encore plus de mots et de formules au sein de chaque langue, et encore plus de combinaisons entre ces différentes briques élémentaires qui forment notre discours.

Pour comprendre ses pairs, l'adoption d'un langage commun est une nécessité; langage commun non seulement au niveau de la langue employée (le français, l'anglais, l'allemand, etc...) mais aussi au niveau des références culturelles et syntaxiques.
Ainsi, le texte présenté il y a trois jours est un parfait exemple de ce qui nous emmène parfois sur les terrains glissants de la pseudo-science : par absence de connaissances précises dans les domaines de la science, je suis à peu près certain que ce texte parut extrêmement compliqué et abscons à la plupart des non-initiés au langage scientifique, et pour cause : il l'est.
Plus encore que compliqué, il est absurde.
Plus encore qu'abscons, il est insensé.

Vers où cela nous mène-t-il ? Vers la question de l'esprit critique. Si ce précédent texte n'a probablement laissé rapidement aucun doute sur sa nature parodique, il n'en va pas toujours de même pour d'autres textes non-parodiques au contenu tout aussi douteux.

La physique quantique est un cas typique de domaine de connaissance dans lequel les poètes de l'ésotérisme le plus débridé se permettent de jouer à la cartomancie linguistique, construisant des textes creux et insensés dans lesquels pourtant leurs adeptes iront piocher un semblant de profondeur et d'intelligibilité, comme si eux seuls pouvaient comprendre ce que disait leur gourou.
La vérité est tout autre : face à un texte que nul ne comprend, le seul réflexe de l'esprit humain est de supposer, imaginer, faire l'hypothèse d'un sens à partir de ce qu'il comprend, fût-ce quelques bribes de mots.

Face à un discours abscons, qu'il emprunte des termes de politique, d'économie, de sciences humaines, de sciences dures ou de tout domaine au langage spécialisé, demandez des explications.
Il n'y a aucune honte à demander des précisions à un orateur ou un rédacteur; bien souvent celui-ci vous répondra aimablement et vous aidera à y voir plus clair. Dans le cas où vous n'êtes pas plus avancé après vous être cultivé.... C'est mauvais signe.
N'oubliez jamais cette maxime simple, maxime qui devrait nous accompagner constamment dans nos vies :


Ce qui se conçoit aisément s'explique simplement.


Autrement dit : ne vous fiez pas à tous ces individus qui vous noient sous un langage technique; s'ils savent de quoi ils parlent, ils peuvent l'exprimer avec des mots simples.






Ce qui se conçoit aisément s'explique simplement...

samedi 1 avril 2017

De la théorie de la gravitation quantique à boucles en tant que post-réalisme de l'herméneutique allopathique...



Depuis Paul Dirac et ses théories autour de la variation des flux non-baryoniques autour des nucléons primordiaux, il est acquis qu'en physique des quantas, la gravitation se résume à un mouvement essentialiste vers la place du non-littéral nucléaire tel que mis en évidence par Döbereiner, celui-là même qui, au début du XIXe siècle démontra la vacuité électronique des gaz nobles, tels que le radon ou le xénon, et permit, un siècle plus tard l'émergence de la gravitation quantique à boucles.
De fait, la gravitation quantique à boucle pose d'emblée un problème d'ordre phénoménologique; en effet si la gravitation est un spin inverse de celui de l'atome primordial, alors se pose la question : d'où proviennent les hadrons lourds de type bottom et down ? En effet, ces derniers ont la caractéristique remarquable d'être des particules élémentaires composites; un mélange de quarks up et quarks truth auxquels se rajoute l'énergie d'un photon de masse non-nulle. Comment donc supposer que la réification de ces quarks se fasse d'un point de vue post-relativiste ? Cela nécessiterait en fait une quantité d'énergie qu'on ne retrouve guère ailleurs qu'au cœur des pulsars les plus énergétiques.

A cette remarque, Bohr avait rétorqué qu'il était impensable qu'une condition métapsychique du positron l'empêche de gagner en saveur ni de rétablir son spin, sous la condition nécessaire d'avoir préalablement été bombardé de neutrinos à haute gravité.
Son ami Rutherford abonda longtemps dans son sens, mais y apporta une subtilité qui risquerait bien de compromettre la logique pataphysique de sa conception du quantum initial.
En effet, d'après Rutherford, - découvreur de l'existence du noyau de l'atome - la constitution du graviton empêche purement et simplement les neutrinos à haute gravité de traverser le positron sans en affecter sa saveur, ce qui était pourtant la condition à ce que le positron ne redevienne pas matière pure et disparaisse dans ce qu'on est obligé d'appeler un fluide rhéoépaississant quantique.

Où tout cela nous mène-t-il ? Tout simplement vers une reconsidération empirique de la médecine allopathique. En effet, cette dernière ayant toujours privilégié les hypothèses d'une physique non-linéaire et d'une chimie à composante pré-dialectique, ce qui semble aujourd'hui balayé par les expériences de vibrations négatives des hadrons lourds down, enfin menées par le professeur Fritzsch le mois dernier, après de longues décennies d'incertitude, nous ne pouvons enfin plus ignorer l'existence d'une épistémologie dialectique, qui reste encore à construire.

En résulterait donc une médecine post-scientifique qui transgresserait les clivages et les dogmatismes à la fois des tenants du mesmérisme animal et de la science conventionnelle; de quoi remettre, certes, en cause un nombre important de vérités tenues pour acquises à notre époque de troubles métaphysiques. Car oui, si les vibrations quantiques se déroulent dorénavant à échelle macroscopique, il y a fort à parier que les résonances Schumann s'intensifient, passant au-delà de 13 Hertz, ce qui nous amènerait à la porte d'une conscience heptadimensionnelle, dernière étape avant la compréhension des treize dimensions spirituelles, celles-là mêmes que les enfants indigos manipulent avec tant d'insouciance malgré leur jeune âge.


En bref et pour conclure, l'étude de la parapsychologie post-vérité ne fait que débuter...





Ce billet est un hommage au Lutin et à la Mutine d'Écouves, en ce 1er Avril. Vous pourrez voir sa contribution à ce passionnant débat sur la physique quantique sur son blog...

A suivre...